Un cimetière familial protestant dans la famille ?

Un beau jour, en discutant avec grand-mère, j’apprends que nous serions propriétaires d’un cimetière familial protestant dans les Deux-Sèvres. Très Intrigué par la question, je me mets à l’interroger sur le sujet. Elle m’indique que la famille de mon grand-père était originaire des Deux-Sèvres avant de déménager pour Jonzac et ses alentours. Tout ce qu’elle a pu me dire, c’est qu’elle avait entendu parlé une fois ou deux de ce cimetière en rendant visite à sa belle-famille. D’après ses souvenirs, il se situerait aux alentours d’Avon (lieu de naissance de mon arrière-grand-père Emilien TURPEAU), sans pour autant me le certifier, ne l’ayant jamais vu elle-même.

La quête d’informations

Mon grand-père étant décédé, je décide de me tourner vers les « anciens » de ma famille qui seraient susceptibles de me renseigner à ce sujet. Très rapidement, je rencontre l’une de ses cousines qui me confirme qu’il existait bel et bien un cimetière familial protestant mais que celui-ci se trouvait non pas à Avon mais sur la commune voisine de Rouillé (dans la Vienne). Elle me raconte y avoir été étant jeune avec sa grand-mère lorsque celle-ci rendait visite à sa famille. Mais elle ne souvient malheureusement pas du nom du hameau dans lequel il se trouve et pense que le cimetière doit être complétement recouvert par la nature depuis le temps que sa grand-mère est décédée (en 1973 à l’âge de 88 ans).

Après cette rencontre, je me mets à chercher dans les archives des éléments de la vie de mes ancêtres pouvant m’être utiles dans mon investigation. Très vite, je découvre qu’avant de s’installer à Avon, mes arrières-arrières-grand-parents Alexandre TURPEAU et Adeline LORIN avaient bien vécu à Rouillé, lieu prétendu du fameux cimetière. En feuilletant les registres de naissance de la commune, je découvre que les premiers enfants du couple étaient bien nés dans ce village, dans un hameau bien précis : celui de la Poinière (lieu de résidence du couple à l’époque). Je me dis que cela ne peux pas être une coïncidence et que c’est très certainement le lieu que je recherche. Prochaine étape : direction Rouillé et la terre de mes ancêtres.

La recherche sur place

En septembre 2018, avec les informations en ma possession, je décide de partir sur les traces de mes ancêtres en me rendant à Rouillé. Arrivé dans le bourg du village, je découvre la place principale avec son église, ses halles mais aussi son monument aux morts sur lequel figure deux personnes portant le nom TURPEAU. Il s’agit de deux frères morts pour la France lors de la Guerre 14-18, qui se trouvent être des cousins issus de germains de mon arrière-grand-père.

Par la suite, je me rends dans le cimetière communal où je trouve la mention de nombre de membres de ma famille plus ou moins éloignés dont de nombreux cousins du côté TURPEAU et de la famille proche côté LORIN : le frère et la belle-soeur de mon arrière-arrière-grand-mère Adeline (Louis LORIN et Clémentine FOURNIER) , ainsi que deux de ses nièces dont l’une est la fille des précédents).

Après avoir découvert le bourg du village, je me résous à me rendre à la Poinière. Grâce au GPS, je trouve assez aisément le hameau qui se compose de quelques maisons seulement. Je fais le tour du lieu-dit et comme pressenti je ne trouve rien qui ressemble de près ou de loin à un cimetière quelconque.

N’ayant rien trouvé à la Poinière et sachant qu’il existe d’autres cimetières protestants sur la commune, je me résous à faire un tour dans plusieurs hameaux (Boisgrollier, Petit et Grand Souilleau, Petit et Grand Breuil, …). En me baladant, je découvre la présence de nombreux cimetières dissimulés ça et là, sans trouver trace de celui que je recherche. La plupart des noms que je vois sur les tombes ne m’évoque rien du tout, hormis celle d’un Monsieur FROMENT qui se trouve être un cousin germain de mon arrière-grand-père. C’est un peu déçu que je repars chez moi en Charente, sans toutefois rentrer bredouille.

Vers de nouvelles pistes

Il y a une quinzaine de jours, je décide de me rendre aux Archives Départementales de la Vienne pour reprendre mes recherches généalogiques de cette branche familiale. Parmi certains documents consultés, je trouve la trace d’un acte de vente passé par mon arrière-grand-mère Adeline LORIN en 1954, où il est fait mention de bâtiments, de jardins mais aussi d’un certain cimetière (toutefois exclu de la vente). Et devinez quoi, ces biens se trouvent tous à la Poinière. Ça y est, j’ai enfin un acte officiel qui me garantit l’existence de ce fameux cimetière familial. Et surtout, je sais désormais que si celui-ci existe encore, il se trouve là-bas. Dès lors, je me dis que je suis peut-être passé à côté de quelque chose et que je dois y retourner.

L’après-midi même, me voilà dans le hameau prêt à en découvre. Je fais un tour du pâté de maison mais je ne trouve rien de nouveau par rapport à il y a deux ans. Je me dis que le cimetière est probablement enfoui quelque part, recouvert de végétations ou qu’il n’existe tout simplement plus depuis tant d’années. Ne souhaitant pas non plus m’aventurer chercher dans les jardins privés par signe de respect, je décide donc de rebrousser chemin et de retourner à ma voiture. Mais une fois arrivé à son niveau, je me dis mince tu n’as pas fait tout ça pour t’arrêter si vite, il faut que tu cherches encore où tu vas le regretter en rentrant chez toi. Hop me voilà de nouveau parti dans le hameau. Et là, je vois que l’on observe depuis une maison (en même temps normal me direz-vous). Une personne sort et me demande si je cherche quelque chose. Je lui explique ma démarche et là « hasard de la vie » lorsque je prononce le nom LORIN, cela lui parle. Elle m’indique qu’elle connaissait une famille LORIN qui possédait la maison d’en face et notamment la fille qui est décédée il a quelques années de cela.

Le dénouement

Au fil de la discussion, je découvre que la famille en question se trouvait être Louis LORIN et sa femme Clémentine soit le frère et la belle-soeur de mon arrière-arrière-grand-mère (Adeline LORIN). Elle m’indique également que cette famille possédait un cimetière familial à l’extrémité de son jardin. Elle m’invite à la suivre tout au fond de celui-ci et là ça y est je découvre le cimetière que je cherchais tant. Il existait donc bel et bien. Le temps a fait son oeuvre mais une tombe est encore debout : celle de mes arrières-arrières-arrières-grands-parents Pierre LORIN et Marie PIET (les parents d’Adeline, Louis et d’une autre soeur prénommée Marie).

Par chance, une association de sauvegarde avait nettoyé la tombe quelques temps auparavant rendant les noms bien apparents, ce qui m’a permis d’identifier à coup sûr mes ancêtres. La dame qui m’accompagne m’annonce qu’autrefois des tombes d’enfants étaient présentes mais que celles-ci avaient disparues avec le temps. Peut être qu’il se trouvait parmi-elles la tombe de l’oncle de mon grand-père (dont il portait le prénom), décédé en bas âge à Avon en 1915 renversée par une charrette selon les sources familiales.

Et comble de tout, au fil de la discussion avec cette très gentille dame, je découvre que c’était son défunt mari qui avait acheté la maison à mon arrière-arrière-grand-mère en 1954. Elle me propose gentillement de me montrer la maison en question, en m’indiquant très précisément comment elle était à l’époque.

Je remercie très sincèrement cette dame pour m’avoir accueilli à bras ouvert, pour ces moment d’échanges et de la confiance qu’elle a su m’accorder. Tout ça me conforte dans l’idée que nombres d’êtres humains sur cette planète sont bons et bienveillants. Une belle et riche expérience de vie en tout cas.

Tombe de mes arrières-arrières-arrières-grands-parents.

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